Qu’est-ce que j’ai pas compris encore?



J’ai pensé à Gabriel ce matin. Comme dans penser-cute-à-quelqu’un et je me suis dit que j’aimerais le revoir.

Je l’ai appelé.
Il a répondu.

- Tu fais quoi, là? Veux-tu faire quelque chose?

Il pouvait pas. Va me rappeler.

Pis là j’ai dit : C’était cool l’autre soir.

Il a dit ouais, ouais.

Je cours, tu cours, il court pas



Gabriel il a pas rappelé. Et c’est à Simon que je pense.

Plus je pense pas à Gab, plus il y a de chances qu’il me coure après. Plus je pense à Simon plus il y a de chances que je me monte une grosse bulle pas d’air dans la tête et qu’elle explose pleine de confettis niaiseux quand je vais le revoir et que je dise pas ce qu’il faut et que je tombe tout croche en bas de mes pieds quand je vais le voir juste pour le faire freaker un peu plus et qu’il parte en courant en se disant quoi? je sais pas je comprends jamais rien aux garçons. Mais rien pour aider mon histoire en tout cas c’est certain.

Si je pense à rien je m’ennuie.

Si je pense à Gab je risque de croire des trucs bizarres comme il serait temps que je grandisse et que je m’investisse pour vrai encore même si j’ai déjà essayé tout ça et que le quotidien plate avait fini par me tuer et je rêve d’amour pas possible qui déracine avec des gars qui veulent pas. Et puis juste des chocolats chauds sur le bord du canal aussi ça serait pas mal.

Tu sais Simon, on n’est même pas obligés de frencher si tu veux pas.

Le voisin



Mon voisin il fait du lavage à tous les jours. Tous les jours!

Ses draps. Ou une chemise et une serviette. Une guenille. Une autre chemise.

Je me demande s’il a une machine à laver ou s’il lave deux morceaux à la main à tous les jours. Faudrait que je lui demande.

Il sort jamais de chez eux. Je pense qu’il m’espionne.

Je suis sûre que si je vais chez lui, je vais trouver ma photo pinnée sur le mur. Et mes habitudes de vie sur des post-it jaunes collés autour. Et les garçons. Et les non-garçons de ma vie. Tout ça collé sur un polaroïd de moi. Tellement qu’on ne voit plus ma face. Je pourrais lui dire que j’écris un blogue. Que ça serait moins de trouble pour lui de le lire au lieu de m'espionner.

Je pense qu’il a aussi les photos de mes autres voisins. Avec leur vie. Leurs amours. Leurs routines.

Que tout son mur est tapissé de toutes nos vies.
Un post-it par connerie. Par habitude. Par détail croustillant.

Je suis sûre que c’est comme ça.

Et que le matin, après sa messe vaudou, il lave une chemise, une guenille et une serviette.

Ça doit être un rituel.

Aujourd’hui, sa serviette est mauve.


Les surprises ne sont pas toujours mauvaises



On s’est rejoints dans un bar. Question que personne m’appelle pour me donner des raisons de chocker, j’avais pas amené mon cellulaire.

On s’est pris un double mojito, en se disant qu’on déciderait pendant ce temps-là ce qu’on ferait de notre soirée. À la fin du verre, on n’avait pas décidé. On en a pris un autre.

Je commençais à être pompette feeling un peu. C’était pas plus mal. Mais je commençais surtout à me dire qu’il était temps que je mange quelque chose, si je voulais pas finir sur le cul à 21h.

On est allés souper. Sur une terrasse. C’était bon et beau.

On s’est commandé un pichet de bière. J’avais pas le goût de penser.

On parlait de n’importe quoi. De nos amis dépressifs qu’on ne peut plus sentir, de la vie, du travail, de combien ça nous fait chier de travailler pour quelqu'un d’autre. Et de toutes ces choses dont on parle quand c’est facile parler avec quelqu’un.

Il a payé pour moi. J’ai trouvé ça cute.

En sortant du resto il me dit : on fait quoi? Veux-tu une crème glacée? J’ai aussi du vin chez moi.

J’étais bien, j’ai dit : on peut aller prendre un verre chez toi.

Je sais même plus s’il a eu le temps d’ouvrir la bouteille.

Il m’a embrassé. M’a dit qu’il était content que je sois là. Que si je voulais dormir chez lui, c’était correct, il avait de la place dans son divan.

Normalement j’aurais pas trouvé ça drôle mais là, presque.

On s’est frenchés dans toutes les pièces de son appartement.

C’était vraiment plus le fun que j’aurais espéré.

J’ai pas dormi. Lui non plus.

À matin je suis partie en retard pour le bureau. Et je suis arrivée avec mon linge de la veille. Moyennement approprié.

J’ai décidé de laisser aller et de voir ce qu’il va se passer.

J’essaye fort fort de pas penser à Simon, surtout.



Amie Parfaite m’appelle. Elle me dit qu’elle a croisé Gabriel aux yeux noisette l’autre soir et qu’ils ont parlé un peu. (De moi.) Elle veut pas s’en mêler mais me dit qu’il a un peu de misère à me suivre.

Join the club, que je dis.

En tout cas si jamais tu veux le revoir, lui, il t’aime bien.

Est-ce que j’ai parlé de Simon à Amie Parfaite? La première fois, oui. Jusqu’au frenchage dans le divan au party. Ça, elle sait. Elle m’a remonté le moral après. Mais le reste. Pas sûre que je lui en ai parlé. Pas sûre que je vais lui en parler.

Ça me tente pas d’entendre ses conseils pour gens zen qui attirent le bonheur.

Je sais pas quoi faire avec Gab.

Objectivement, il est parfait.
Et moi je cours après l’autre taré.
Ça finira mal, c’est clair.

Mais elle me disent toutes de lui laisser une chance. Que je serai peut-être charmée malgré moi.

Ok je vais l’appeler. Je vais lui laisser une chance. Une.

Je veux pas le niaiser non plus. Tsé.



S’il pédale pas, je fais quoi?

Sérieux là.

Ça fait deux, trois jours. Il m’a pas encore appelée. Je commence à avoir plus qu’étiré mes chances et je pense même que j’abuse.

D’habitude j’aurais arrêté bien avant.

Mais je suis sûre qu’il m’aime bien. Même si peut-être qu’il le sait pas encore…

Il va freaker raide hen si je l’appelle/débarque chez lui/à son bar/dans un autre de ses shows, non?

Pourquoi, pourquoi c’est compliqué de même?

Pèlerinage en des terres éloignées



Sur MySpace j’ai trouvé la date de son prochain show. C’était hier, dans une ville de région perdue. En banlieue mettons. Avant d’y aller, sur la carte, j’étais pas trop sûre elle était où, cette ville-là. Mes excuses de citadine à tous ceux qui n’habitent pas l’île.

En tout cas. Je traîne Karine de force. Elle a une auto, pas moi. Et elle aime bien Antoine, qui sera peut-être là, qui sait?

La salle est tout petite. Dans un moulin, ou quelque chose du genre. On est arrivées trop tôt. Il y a ceux qu’on imagine avoir organisé le show, et trois autres filles qui ont l’air d’être leurs amies.

Et nous deux. On clashe.

On se prend une bière et on va s’installer au fond. Remarque, il y a pas vraiment de fond. Je cale ma bière et je vais en acheter une autre. Il me faire boire ce garçon. Et il est même pas encore arrivé.

Il doit bien se passer une demi-heure avant que les gens commencent à arriver. Puis, lui. Je sais pas s’il m’a vu. Il devait pas s’attendre à me voir là. J’ai regardé ailleurs quand il est arrivé. Épaisse. J’ai regretté d’être venue dès que je l’ai vu. Il va tellement me trouver mongole. Estie de stalkeuse. C’est maintenant que j’aimerais avoir quelque chose de brillant à dire.

J’aimerais qu’il pense pas que je suis une groupie obsédée. J’aimerais vraiment ça. Mais il a le don de toujours faire sortir le pire de moi.

Il me voit. Je dois être rouge-mauve. Au moins, il fait noir.

Il vient me parler. Je capote tellement que j’arrive pas à bouger. Ni à sourire. Karine disparaît aux toilettes. J’aimerais mieux être n’importe où ailleurs. Pourquoi je fais toujours les pires choses?

-       Je savais pas que t’habitais dans le coin.
-       C’est que j’encourage le tourisme en région éloignée.
-       Ok… Ça va?
-       Oui. Je pense que ton répondeur est fucké.
-       Heu… Tu sais So
-       C’t’une joke. Je suis venue parce que j’aime ce que tu joues. J’aime les road trips niaiseux même si c’est en banlieue. J’aime les surprises. J’ai appris cet après-midi par hasard que tu faisais un show et je suis venue. Pas réfléchi plus que ça. Si tu veux pas me parler, c’est correct. Si tu veux me parler, c’est correct aussi. Si tu veux aller te cacher backstage et te pousser en courant à la fin du show pour être sûr de plus jamais me revoir, je vais m’en remettre. T’as juste à me le dire là, ça va être plus simple. Je vais arrêter.
-       Es-tu toujours intense de même?

Au moins, je l’ai fait rire.

Il s’est assis. Karine est pas revenue. On a jasé jasé. Pris une bière ensemble. Il y a eu les étincelles dans les yeux. Les deux. Je suis pas folle. On peut pas se tromper sur ces trucs-là. (Ok, on peut.)

Puis, il devait aller se préparer, pour jouer.

Karine est réapparue. Et moi j’étais dans les vapes.

Au milieu de son spectacle, il a dit : celle-là est pour toi, Sophie.

J’ai failli m’évanouir. Heureuse heureuse sourire bonheur je t’aime le sais-tu?

Juste avant que ça finisse j’ai dit à Karine, on part maintenant.

-       T’es folle?
-       Il faut qu’on parte maintenant. Je serai jamais capable si tu me traînes pas dehors tout de suite. Envoye on s'en va.
-       Ça sert à rien que je te dise comment je te trouve weird ce soir?
-       Non ça sert à rien. Qu’il pédale un peu le beau Simon.

On est parties. Sans qu’il puisse me courir après avec le vent dans les cheveux jusqu’à ce qu’on frenche comme des fous.

Et j’ai tellement rêvé…